Le minimalisme, une philosophie de vie

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Mythe fondateur du bonheur, l’accroissement de la possession d’objets serait l’ultime raison existentielle d’une économie fondée sur la surconsommation.
Ainsi, créer l’appétit de l’achat et la crainte de ne pas le satisfaire nous place dans un système d’asservissement.
Et si le minimalisme et sa philosophie était une stratégie susceptible de renverser cet ordre établi ?
Utopie réaliste ?

Pourquoi s’attache-t-on aux objets ?

Des centaines d’objets nous entourent chaque jour. Certains nous sont très utiles, voire indispensables, d’autres le sont beaucoup moins jusqu’à frôler l’inutilité. Pourtant, nous y sommes attachés. Ces objets font partie de notre décor de vie.

Ils nous rassurent

Ils matérialisent un souvenir, une personne, un morceau de notre vie. Parfois, ils portent un message : combien d’objets les parents achètent-ils à leurs enfants pour témoigner leur affection, partager un moment important ou pour se faire plaisir à travers eux ? Combien de photographies conservées précieusement pour les descendants ? Témoignages, émotions, messages, l’objet s’habille de multiples sens au-delà de sa fonction initiale.

Ils sont symboles d’ascension sociale

Le pouvoir d’achat, c’est un réel pouvoir ! Une capacité qui varie selon la quantité d’argent disponible. Autrement dit, la possibilité d’acheter élève à un rang supérieur la personne qui achète beaucoup par rapport à celui qui achète le moins. Cette élévation est communément admise par la société comme le témoignent constamment les médias en mettant en valeur les personnes qui ont un pouvoir d’achat exceptionnel. Ce ne sont pas les pauvres en une de magazines qui font vendre mais bien ceux qui semblent beaux et inatteignables. L’adoration n’est plus divine mais vénale. Désormais, c’est la taille du porte-monnaie qui amène la reconnaissance et la notoriété. Pour le peuple, pouvoir acheter une vulgaire copie d’une œuvre d’art fabriquée en millions d’exemplaires mais autrefois uniquement accessible aux élites, est une façon de croquer dans ce monde réservé où la reconnaissance sociale dépasse leurs attentes.

L’objet devient le graal de l’inatteignable. Il nous relie à ce qu’on pense vouloir être au travers de sa signification. L’objet devient alors le lien entre le monde et soi. On le garde précieusement car consommer c’est faire partie de la société, le conserver en est la preuve.

Ils nous donnent confiance en nous

Cette volonté de conserver une partie de sa vie peut aussi s’accompagner d’une recherche de son identité. En consommant, nous essayons de trouver qui nous sommes et de le montrer. L’objet peut aussi nous valoriser (vêtements, bijoux). Mieux, certains auraient même la capacité de nous protéger, d’attirer la chance…

Ils comblent un vide affectif

Remplir sa journée, remplir son porte-monnaie, remplir sa maison…Travailler plus pour gagner plus et dépenser plus. Travailler. Consommer. S’endetter. Travailler. Consommer…
Entasser.

D’autres achètent et s’attachent aux objets pour le manque affectif qu’ils donnent l’impression de combler : la consommation est souvent perçue comme une garantie de bonheur. Dans chaque publicité, les figurants ont toujours l’air heureux…

Ils représentent des souvenirs

Nous nous attachons également aux objets pour les souvenirs qu’ils représentent, par peur d’oublier une partie de notre vécu, une partie de nous-mêmes, une partie des gens aimés. La peur de perdre, la peur d’oublier pousse à l’attachement.

Ils matérialisent des traumatismes

D’après Serge Tisseron, psychiatre et chercheur français, les objets permettent aussi de matérialiser des traumatismes qu’il est préférable de garder à distance respectable. Il va plus loin en affirmant que tous nos désirs sont au cœur de nos relations avec les objets qui deviennent nos esclaves, nos témoins, nos mémoires et nos partenaires. A quand le robot aimant et empathique ?

Ils nous donnent de la reconnaissance

Quoiqu’il en soit, un point commun relie toute cette humanité : la reconnaissance à travers le pouvoir d’acheter et de posséder l’objet. Cette reconnaissance n’est valable que si et seulement si tout le monde joue le jeu en associant une valeur morale aux capacités et aux choix d’achats. Notre façon de percevoir la vie, notre façon d’accepter le temps et l’oubli, plus généralement notre façon de percevoir le monde et la vie qui l’anime détermine notre rapport aux objets.

La séparation, moment difficile…

Les objets que nous possédons finissent par nous posséder. Ils nous renvoient une certaine image de nous-mêmes. Difficile de s’en séparer. Le symbole est si imbriqué que certains iront même jusqu’à culpabiliser à l’idée de s’en défaire. Culpabilité à l’égard d’eux-mêmes et à l’égard de ceux qui « habitent »l’objet.

Et si « se séparer de » était « accepter la nouveauté sans » ?

Retour en arrière.
En consommant, nous sommes d’abord entrés dans le bien-être matériel, provoqué par l’usage de la nouveauté. Posséder une voiture, un réfrigérateur, une machine à laver permet d’obtenir une autre forme de liberté. Cette praticité est non seulement séduisante par ce qu’elle permet de faire, mais également par ce qu’elle permet d’espérer : pendant les Trentes Glorieuses (1945-1975), consommer la nouveauté était, pour les classes populaires, une manière de rattraper le niveau de vie des cadres. Dans les années 1950-1960, il existait un sentiment de découverte des appareils, d’émerveillement (télévision par exemple).

En rentrant dans la consommation de masse rendue possible par les progrès techniques surtout après la Seconde Guerre mondiale,  nous voulions nous intégrer à la société, saisir la nouveauté, faire comme tout le monde. Nous avons gagné une forme de liberté d’usage mais nous nous sommes asservis à la consommation de masse. Les biens de consommation ont descendu la hiérarchie sociale. Et malgré la possibilité d’acheter toujours plus et moins cher, nous hésitons à jeter. Car les objets sont devenus le dépositaire de notre mémoire affective. Accepter de s’en débarrasser définitivement, c’est faire le choix d’un nouveau mode de vie, de nouvelles habitudes, d’un nouveau rapport aux gens et à la vie, d’une nouvelle liberté.

La peur du manque

Et puis, il y a la peur du manque, la peur de l’avenir « On en aura peut-être besoin un jour ». S’ajoute  la peur du vide « ce mur est trop blanc » ; n’est-ce pas inconsciemment la peur de la mort ? La crainte de voir les souvenirs disparaître avec les objets qui les représentent, la peur de l’absence, la peur du choix, et celle du vide face à la matière qui nous prouve notre réalité physique.

Peut-être faudrait-il y voir un manque de confiance en soi ou d’amour de soi sincère, le soi n’étant pas suffisant pour se satisfaire ? Ou simplement un besoin de se sentir exister dans cette matérialité, de façon à s’intégrer dans la société sur-consommatrice. En effet, l’intégration dans un groupe suppose presque systématiquement une reconnaissance de points communs, dans la manière d’être et de penser. Tout individu qui promeut une vision trop différente de celles de la société,  risque d’en être exclu proportionnellement aux profondeurs de ses différences. Or, l’accumulation d’objets résulte  des pensées communément admises. Aller à son encontre vous coûtera au moins l’incompréhension de l’entourage à défaut des moqueries ou de jugements désagréables.

Les personnes qui ont lu cet article ont également lu :  Après m'être débarrassé de ça, je me suis senti tellement mieux

Devenir minimaliste aujourd’hui c’est donc affronter le regard dubitatif de la société qui vous considérera comme marginal(e). Comprenez : la plupart ont peur d’Etre sans Avoir.

En conséquence, réussir à « couper le cordon » suppose une force intérieure, une décision qui doit être en accord avec vous-même. La séparation peut être agréable voire vécue comme un soulagement, à condition de la percevoir ainsi.

Le minimalisme, c’est quoi ?

D’après le dictionnaire Larousse, la philosophie du minimalisme est la recherche de solutions requérant le minimum d’efforts, de bouleversements. En Histoire des Arts, il est synonyme d’art minimal, apparu au début du XX siècle. Sous ce terme simple se cache en réalité une combinaison complexe d’influences et de théories. En radicalisant la tendance à la dématérialisation, les artistes minimalistes forcent le spectateur à prendre conscience de l’existence de l’œuvre dans son espace. L’œuvre minimale est autonome et ne tire son sens que d’elle-même. Il s’agit d’un autre rapport aux objets, au temps et à l’espace. C’est un cheminement vers la simplicité visuelle qui amène à voir la complexité de l’invisible, des interrelations entre les objets, le spectateur et le monde.

La légerté, au centre de la philosophie minimalisme illustré par une plume - Image par Dmitrii Bardadim de Pixabay

Allô docteur, que dois-je faire ?

Prendre conscience. A travers nos modes de consommation et d’utilisation des objets s’exprime une quête d’Etre tout autant que d’Avoir. Mais les excès du consumérisme menacent les conditions de vie sur Terre et la qualité du vivre ensemble. Chacun de nous a son rôle à jouer. La meilleure façon de nous préparer au monde de demain ne consiste pas à faire de la science-fiction ni à tenter d’imaginer notre relation à des objets et techniques dont nous ignorons encore tout. Elle est de porter un regard nouveau sur les relations que nous entretenons déjà avec le moindre d’entre eux.

S’accorder du temps pour prendre du recul. S’autoriser l’indépendance à l’égard de la consommation et de l’attachement aux objets. Devenir libres de nos choix, de nous retrouver dans l’essence de qui nous sommes vraiment.

Philosophie du minimalisme : Temps-Indépendance-Liberté

Voilà simultanément la condition et le résultat de l’application de la philosophie du minimalisme.

Ces trois termes sont interchangeables et complémentaires. Le temps permet l’indépendance et la prise de conscience de l’indépendance a besoin du temps. L’ensemble amène à la liberté. La liberté de prendre le temps permet l’indépendance. Ce tryptique oblige à prendre du recul, à ralentir, à réfléchir, à mieux se connaitre, à décider de qui on veut être et à le mettre en pratique.

Prendre le temps de savourer le moment présent marque le début du changement. S’en suit la prise de conscience de nos besoins réels. Nous pouvons alors faire une liste de l’essentiel, de nos volontés et de l’ordre des priorités. Car, consommer autrement c’est faire le choix d’une vie différente que celle pour laquelle la société de consommation nous a programmés. Il faut donc réussir à se déconnecter de l’emprise des habitudes liées aux achats futiles. Se déconnecter de la consommation superficielle c’est aussi ralentir le mouvement. En effet, pour obtenir la force de la déconnexion et un autre rapport au monde, il est primordial d’éduquer le regard et la réflexion autour  de la satisfaction de l’essentiel. Cette éducation n’est possible qu’à travers un environnement calme, propice à la pleine conscience ou la méditation.    

Comment appliquer la philosophie du minimalisme

Limiter ses achats avec la méthode Bisou    

Afin de consommer de façon lucide, Julien VIDAL propose, dans son livre intitulé  Soyons le changement  la méthode « BISOU ». Il s’agit de se poser les questions suivantes pour chaque objet :

« B » comme Besoin (A quel besoin mon achat correspond-il ?)   
« I » comme Immédiat (en ai-je besoin immédiatement ?)
« S » comme Semblable (n’ai pas déjà un produit semblable ?)
« O » comme Origine (quelle est l’origine du produit ?)  
« U » comme Utile (Est-ce vraiment nécessaire ?).

Cinq questions simples qui permettent d’éviter des achats superflus et de trier efficacement.     

Trier ses affaires avec la méthode de Béa Jonhson 

Dans son ouvrage “Zéro déchet”, Béa Johnson propose la méthode suivante pour trier ses affaires.

Est-ce que cela fonctionne encore ? N’est-ce pas périmé ?
Est-ce que je l’utilise régulièrement ?
En ai-je plusieurs ?
Cela met-il la santé de ma famille en danger ?
Est-ce que je le garde par culpabilité ?
Est-ce que je le garde parce que tout le monde en a un ?
Mérite-t-il que je lui consacre du temps ?
Pour le dépoussiérer, le nettoyer
Pourrais-je utiliser cet espace pour autre chose ?
Est-ce réutilisable ?

En complément de cette méthode, je te propose de faire un tour sur ce blog de mon amie Mylène qui propose un tas d’astuces pour tout trier chez soi.

La philosophie du minimalisme : celle de la confiance en soi

Cette démarche est à mettre en parallèle avec le degré d’égo. En effet, une étude en 2015 dirigée par le psychologue Gil Diesendruck en Israël, montre que la blessure narcissique renforce l’attachement porté à l’égard des objets préférés. Les scientifiques établissent des liens entre les êtres humains, leur sentiment de sécurité et les biens matériels. Se détacher des objets  nécessite donc une diminution de l’égo, une certaine confiance en soi et en autrui. Pour trier, il ne faut pas avoir peur du changement mais croire en sa capacité d’adaptation. C’est aussi une façon d’aimer la vie, d’aimer l’imprévu, d’accepter l’originalité tout en appréciant la simplicité. La sobriété heureuse, disait Pierre Rhabbi.

Pour pratiquer la philosophie du minimalisme et du zéro déchet, il faut oser se lancer dans des cadeaux immatériels (services…), oser l’emprunt d’objets à proximité, troquer, réparer, choisir de consommer responsable. Osons trier, donner, échanger, sélectionner nos achats en privilégiant l’essentiel dont le vrac, et valoriser ce que l’on est et ce que l’on a. Cette valorisation peut passer par le rapport à l’espace, à la lumière, aux formes et couleurs. Chaque objet peut être redécouvert dès lors qu’il est positionné d’une façon précise, orienté, mis en scène. Le minimalisme questionne ainsi l’objet et son rapport au monde, nous et le rapport à l’objet.

Conclusion

Parce que l’imperfection d’une société de consommation ne peut pas légitimer l’inaction, le minimalisme et sa philosophie propose une solution en entrant pleinement dans une démarche durable de développement. C’est aussi une occasion pour se réinventer, remodeler le rapport à soi et aux choses, à soi et à la société. Devenir minimaliste est un cheminement profond vers une autre forme de beauté qui tire sa puissance dans les délices de la simplicité.

Un regard nouveau pour une nouvelle philosophie de vie : le minimalisme.


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7 comments
  1. Je suis actuellement à la recherche de ce mode de vie, moins de déchets et une consommation plus responsable. Après de nombreux tries dans mes placards, ma maison est beaucoup mieux organisée et mon esprit plus libre. Vive le minimalisme!
    Merci pour ce superbe article!

  2. Bonjour Charlène,
    Bravo !
    Cet article est vraiment très bon (les autres aussi bien sur 🙂 )
    Personnellement je me suis rendue compte en minimisant mes possessions que j’avais de plus en plus confiance en moi.
    Comme tu le dis si bien, il ne faut plus avoir peur du changement mais avoir confiance.
    Une fois que l’on commence on ne peut plus s’arrêter.
    On ressent et vit tellement plus librement (au revoir les contraintes !). Au delà des avantages visibles au quotidien, cela permet aussi de gagner moins et d’avoir moins de pression sociale. On peut ainsi se libérer d’un emploi qui ne nous plait pas plus facilement. On se rend compte que le minimalisme est libérateur de beaucoup plus que ce que l’on croit. Je ne peux qu’inviter les autres personnes à découvrir ce mouvement.
    Si vous le souhaitez, vous pouvez découvrir mon blog. Comme Charlène, je parle de mon expérience.

    Merci à toi pour cet article et encore une fois, bravo pour ton travail 🙂

    À bientôt.

  3. Bonjour Charlène,
    Merci pour cet article ! Je me suis reconnu dans la peur du manque ! La peur de jeter ou donner quelque chose qui pourrait m’être utile dans les semaines, mois ou années qui viennent ! J’ai également une sainte horreur du gaspillage !
    Merci également pour la méthode Bisou que je ne connaissais pas !
    Je te souhaite une belle journée
    Laurent

  4. Merci pour ton article Charlène ! J’ai beaucoup aimé le fait que tu partes des douleurs à l’origine du minimalisme… On comprend bien mieux pourquoi cette tendance gagne de plus en plus d’adeptes de nos jours.

  5. Sympa ces méthodes de tri! Pour moi qui voyage en voilier ces méthodes vont être très utiles!!!! Et en attendant je vais vider mes placards 🙂 merci!

  6. Bravo pour ce bel article Charlène. Le concept est parfaitement bien expliqué et ta vision des choses est tellement évidente que je te souhaite énormément de réussite. J’ai adoré la méthode “bisou” ^^ . Nous l’avons utilisé sans le savoir pour notre expat… 😉 Le minimalisme reflète aujourd’hui l’émergence de cette nouvelle façon de voir la vie et le monde qui nous entoure et met évidence la vraie valeur des choses…(pas seulement matériel) D’ailleurs, je vais commander le livre “soyons le changement” que tu recommandes ! Merci ! Passe une belle journée.

  7. Article très interressant, en effet, dans le monde d’aujourd’hui, on croit que posséder beaucoup rend heureux.

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