Consommation vertueuse, éthique et réfléchie avec Marie-Ange Alexandre

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Dans ce deuxième épisode du podcast Simplicité et zéro déchet, je reçois Marie-Ange Alexandre.

Clique ci-dessus sur play pour l’écouter ou clique ici pour le télécharger.

Podcast sur la consommation éthique et vertueuse

Ci-dessous la retranscription texte de ce podcast pour celles et ceux qui préfèrent lire.

Qui est Marie Ange Alexandre

Charlène : Bonjour Marie-Ange, est-ce tu pourrais commencer par te présenter, nous dire ce que tu fais à la fois au niveau professionnel et personnel

Marie-Ange : Au niveau professionnel, je suis formatrice et coach indépendante sur des aspects de management, de gestion du temps, de gestion du stress, des choses comme ca, mais aussi sur la communication. Je suis aussi autrice. J’ai écris un livre dont on va parler tout à l’heure, “consommez moins pour vivre mieux”. Et d’un point de vue personnel, je suis une militante de l’utilisation du vélo depuis pas mal d’années maintenant. Et par ailleurs j’ai décidé de changer de vie dans les mois à venir. C’est à dire que je vais lacher tout ce que j’ai ici en France métropolitaine et j’ai pris un aller simple pour Jakarta en octobre. Alors je ne sais pas si je pourrais y aller à cause de cette histoire de virus. Mais en tout cas j’ai décidé de transformer complètement ma manière de travailler et de mettre toutes mes activités professionnelles sur internet.

Charlène : C’est un très beau projet de pouvoir continuer dans les mêmes activités en étant totalement libre géographiquement. Ca te permettra de vivre plein de belles aventures.

Marie-Ange :Oui et avec moins d’objets !

Son livre

Charlène :Revenons sur le livre que tu as écrisConsommez moins pour vivre mieux, méthodes et outils pour gérer son budget. J’aimerais que tu nous explique un petit peu pourquoi tu as réé ce livre et quelle est son histoire.

Marie-Ange : Alors son histoire remonte à il y a pas mal de temps. Je me suis retrouvée dans ma vie dans une période où je me suis retrouvée sans travail, en fin de droits assedic (allocations chômage). On était deux et il y avait des problèmes justement de versements de droits. Quand on est face à une difficulté il y a deux solutions. Soit on essaye de résister et on se plaint et ça ne va pas, soit on essaye de trouver une solution. La solution est passée pour moi par commencer à regarder comment on pouvait vivre avec moins. C’était dans les années 2000. J’ai créé un forum autour de la simplicité volontaire. Ce forum m’a permis d’entrer en contact avec des gens dans toute la francophonie : des personnes belges, suisses, québécoises mais aussi évidemment françaises. On s’est interrogé ensemble sur comment on pouvait garder une bonne qualité de vie en consommant moins de choses parce que financièrement on n’avait pas forcément les moyens. Donc j’ai fait déjà tout ce travail de me concentrer sur l’essentiel dans ma vie perso. Et puis après j’ai retrouvé du travail dans l’insertion sociale où là j’ai rencontré des tas de personnes qui malheureusement étaient dans la situation dans laquelle je m’étais trouvée quelques années auparavant. Et je me suis rendue compte qu’on est pas tous égaux devant les difficultés financières. Et que l’éducation financière, vue qu’elle n’est pas conduite à l’école, si elle n’est pas faite dans la famille, on part dans la vie avec un handicap. Du coup, en discutant avec ces personnes, en essayant de les aider, de les accompagner, je me suis rendue compte de ce manque d’informations sur l’éducation financière familiale. Voilà toute simple en fait. Et du coup l’idée de ce livre m’est apparue clairement et j’ai commencé à rassembler des données pour pouvoir l’écrire. Puis après je l’ai écrit, mais quelques années après.

Charlène : Pour partager toute ton expérience, toute ton expertise acquise sur le sujet. C’est très bien pour pouvoir aider plein de gens dans cette situation.

Marie-Ange : Plus tard je me suis rendue compte que ça n’aidait pas que des gens en difficultés financières. Parce qu’il y a des gens qui gagnent très très bien leur vie et qui malgré tout commencent tous les mois à découvert. Simplement parce qu’ils n’ont pas fait le travail qui consiste à se poser les bonnes questions par rapport à sa situation financière. Ce n’est pas une question de revenus en fait. Les problèmes financiers c’est vraiment un problème d’allocation de la ressource à différents postes de dépenses.

Ce que lui a apporté le minimalisme

Charlène : En plus de la question des finances personnelles, tu abordes aussi dans ce livre le sujet du minimalisme. Tu nous as expliqué déjà que tu es dans une démarche de simplicité volontaire. Ça t’es venu dans un premier temps dû à tes difficultés financières ?

Marie-Ange : Au départ oui. Après j’y ai trouvé un autre intérêt évidemment.

Charlène :Tu pourrais nous expliquer tout ce que ca t’as apporté ?

Marie-Ange : D’abord ça m’a apporté beaucoup plus de liberté, beaucoup plus de bonheur, beaucoup plus de temps. Je vais approfondir tout ça. En fait, quand on fait un travail sur nos besoins, quand on essaye de regarder ce dont on a besoin et ce dont on a finalement pas besoin, on se rend compte qu’on a moins besoin de travailler de fait. Parce que quand on a besoin de beaucoup d’argent ça veut dire qu’il va falloir travailler plus ou avoir un meilleur salaire pour obtenir les mêmes choses. Alors si on prend la chose dans l’autre sens, si on ressert son budget sur l’essentiel, de fait on a moins besoin de travailler. Donc je suis passée de beaucoup d’heures de travail à beaucoup moins. Ce qui fait que j’ai des jours devant moi pour développer des projets personnels. Et je crois que pour moi vivre mieux c’est aussi ça. moi j’aime mon travail j’ai beaucoup de chance. Mais tout le monde n’a pas cette chance là et pour pouvoir se concentrer sur nos besoins essentiels, ça permet d’être plus libre par rapport au fait de devoir gagner de l’argent. Ce qui fait qu’on a plus de temps pour nos projets, on a plus de temps pour notre famille; on a plus de temps pour se balader et écouter les oiseaux dehors. Voilà

Charlène : Pour le bonheur tout simplement. C’est vrai que je connais des gens dont le travail n’est pas épanouissant et qui pensent qu’ils sont obligés de continuer à travailler, notamment pour pouvoir avoir une retraite plus tard. Et c’est dommage à partir du moment où on a suffisamment d’argent, de rester dans cette spirale négative.

Marie-Ange : Oui d’autant plus qu’il y a un truc très simple : on travaille pour gagner de l’argent et cet argent va nous servir à acquérir des biens ou des services. Sauf qu’en fait, c’est assez simple, on a aussi des biens et des services qu’on peut produire soit même sans échange d’argent. Ou qu’on peut échanger avec d’autres personnes qui l’ont produits aussi. Par exemple, on travaille, on gagne une certaine somme d’argent qui va nous servir à acheter des légumes. On échange notre temps de vie contre de l’argent qui va nous permettre d’acheter des fruits et des légumes. On pourrait choisir d’utiliser un peu de notre temps de vie pour produire nous-même nos légumes par exemple si on a un jardin. Et il n’y a pas le médiateur argent dans cette histoire là. Et on peut le faire pour plein de choses. Si nous on ne peut pas produire de légumes, peut-être qu’on peut faire de la couture, ou peut être qu’on peut faire -je ne sais pas quoi – et l’échanger avec des gens qui ont eux produits des légumes (pas d’un point de vue professionnel, qui ont produits des légumes dans leur petit jardin). Ça parait logique et en même temps il y a plein de gens qui ont oublié ça. Dans la travail, on échange du temps de vie et de la compétence contre de l’argent. Mais on est pas toujours obligé de faire ça.

Charlène : C’est ça maintenant. Il commence a y avoir un petit peu un éveil des consciences. On entend dire qu’à la suite de ce virus, ça pourrait amener beaucoup plus de gens à produire d’avantage eux-même. On va voir si ce courant va se développer ou pas. C’est naturel de produire soi même et on revient à ce qui se faisait il n’y a pas si longtemps que ça.

Marie-Ange : Et surtout à une question de bon sens en fait. Pourquoi acheter des produits alimentaires tout faits alors qu’on peut faire de la cuisine.

Charlène :Parce qu’on a plus le temps parce qu’on est au travail

Marie-Ange : Et bien exactement. Donc c’est vraiment le cercle infernal alors que dans l’autre sens ça peut être le cercle vertueux.

Consommation vertueuse, étique réfléchie et zéro déchet

Charlène :j’aimerais qu’on parle un petit peu de zéro déchet. Tu sais que c’est ma principale thématique. Est-ce que tu t’y es intéressée également et où en es tu dans cette démarche ?

Marie-Ange : Alors évidemment je m’y suis intéressée. Je ne suis pas vraiment dans cette démarche. Moi je ne vise pas le zéro déchet. Je vise une consommation vertueuse, éthique et réfléchie. Ce qui fait que je ne suis pas zéro déchet. C’est pas que je ne veux pas. De tout façon, mon mode de vie m’amène à avoir bien moins de déchets que la plupart des gens, ça c’est sûr. Mais ce n’est pas un objectif que je me suis donné le zéro déchet. Pas parce qu’il est inatteignable. On voit plein d’expériences de gens qui y arrivent etc. Mais comme c’est un chemin, je préfère profiter du chemin mais je ne vise pas l’objectif.

Charlène :Je comprend que ça se fait aussi naturellement. A partir du moment ou t fais pousser tes propres fruits et légumes, tu ne les achète pas dans du plastique. Le fait de produire soit même réduit forcément les emballages auquel tu peux être confrontés.

Marie-Ange : Alors moi je ne produit pas tous mes fruits et légumes évidemment. Mais par contre je vais les acheter chez des producteurs bio du coin. C’est assez drôle et en même temps pathétique de voir le bio dans les supermarchés où tu as des poires ou je ne sais pas quoi qui viennent de Nouvelle Zélande dans des sachets plastiques. Ya un truc que je n’ai pas compris sur le bio

Charlène :Oui c’est horrible, il n’y a vraiment rien d’écologique là dedans.

Marie-Ange : On est clairement dans du green washing typique. Moi du bio qui vient de Nouvelle-Zélande, qui a traversé – c’est carrément aux antipodes la Nouvelle Zélande par rapport à la France – des milliers de kilomètres en avion, en bateau ou je ne sais pas quoi et tout ça dans un sachet plastique. Ça ne va pas bien quoi. Ça me parait tellement absurde. Je ne comprend même pas le modèle économique derrière je ne comprend pas. Enfin si je le comprend trop bien malheureusement. Voilà je consomme bio évidemment, mais que des produits quasiment sans emballages, et surtout local le plus possible. Donc ça ça limite pas mal les emballages. Donc moi j’ai des petits sacs, des emballages que j’ai fabriqué moi même avec une vieille moustiquaire pour les produits que j’achète dans les magasins bio, les pâtes, le riz, les choses comme ça. J’ai aussi des petits sacs de courses que je me suis fait à partir de parapluies que je récupère dehors. C’est un truc que je fais tellement naturellement que je n’ai pas pensé à ça. Et puis par ailleurs dans cette démarche, je n’ai pas de voiture. Je fais mes courses à pied ou le plus souvent à vélo, ce qui fait que ça limite pas mal. Ça ne me viendrait pas à l’idée d’acheter des boites de conserves par exemple. parce que c’est lourd les boites de conserves. Donc si je veux des conserves j’ai autant les faire moi mêmes à partir de fruits et légumes que j’achète de saison. Que j’achète ou que je produis. Tu vois par exemple l’été je fais des bocaux de tomates, des bocaux de ratatouille etc, et t’ouvres un bocal de ratatouille en plein hiver, que tu as fais toi même, c’est autre chose quand même en terme de gout, en terme de satisfaction. Et puis les bocaux que tu fais toi même, tu les réutilise d’une année sur l’autre. T’as un stock et une fois que tu as ton stock, tu nettoies et tu réutilises. Ça me parait tellement évident.

Charlène :Il t’a fallu du temps avant que ca te devienne évident tout ca ?

Marie-Ange : Bah oui, il a fallu que je me désintoxique. J’ai commencé tout ça dans les années 2000. Ça a été progressif. Ça a été pas à pas. Tu mets une petite habitude dans ta vie. Une fois que c’est une habitude, tu n’as plus à réfléchir. Et alors tu en mets une autre, et encore une autre et encore une autre. Mais je ne suis pas jusqu’au-boutiste. Je me souviens d’une anecdote, alors c’est un peu idiot mais ça m’avait fait rire. J’étais avec un copain, il était je ne sais pas 18h, il était à la maison et on se dit bah tient on mangerait bien. Je lui dis de quoi tu as envie, il me dit oh tiens je mangerais bien une pizza. Et je me dis “ah oué va falloir que je fasse la pâte”… J’avais pas réfléchis. Et il me dit “ben on peut en commander une”. Et je dis “Ah oui !” Et là je me suis rendue compte du chemin parcouru. Parce que ça ne me venait même pas à l’idée de commander une pizza. Toute faite quoi, tu vois. Et maintenant je me l’autorise de temps en temps. Je vais aller chez un pizzaïolo et je ramène ma pizza toute faite. Ou je peux aller de temps en temps dans ma ville on a un food truck de cuisine indienne qui fait une cuisine formidable ce gars. Et de temps en temps je vais au food truck. Mais c’est pas habituel. C’est pas dès que je n’ai pas le courage de faire de la cuisine je me dis pas tiens aller achetons un truc tout fait. C’est pas du tout comme ça non. Je fais quelque chose de simple mais je cuisine quand même. Je cuisine ou je crusine, des fois c’est cru. J’avais complètement perdu le réflexe de commander un truc tout fait ça ne me venait même plus à l’idée.

Ses conseils pour se lancer

Charlène : Pour finir quel conseils tu pourrais donner aux auditeurs qui voudraient commencer une démarche de simplicité volontaire ou de minimalisme ?

Marie-Ange : Ce que je conseille c’est de ne pas vouloir changer tout du jour au lendemain. Si on veut changer tout du jour au lendemain bah ca ne marche pas. Ca ne marche jamais. Donc d’y aller pas à pas. De ne pas non plus se culpabiliser quand on a dérapé par rapport à sa ligne directrice. De ne pas devenir un ayatollah du minimalisme ou du zéro déchet ou de la simplicité volontaire. On est sur un chemin, on a une intention. Le principal c’est de le faire sans culpabilité, d’être content de ce qu’on fait. Et puis on fait tous comme on peut. Tu vois moi je suis toute seule, donc je peux faire mes courses à vélo ya aucun problème. C’est moi qui gère ce que je mange. Personne ne me dit ah bah non j’aime pas ca. Donc c’est pas la même chose qu’une famille avec des enfants ou des ados. Qui ont des goûts et qui sont très sensibles à la prescription sociale.

Si je peux rajouter un ou deux conseils, pour ceux qui peuvent, faites vos courses à pied ou à vélo. Ça limite du coup le poids qu’on prend. Et puis de prendre l’habitude de tout payer en liquide. Ça aussi ça limite pas mal.


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3 comments
  1. Superbe témoignage sur le minimalisme et le zéro-déchet tout en alignant la dimension économique et écologique! C’est top de montrer petit à petit on y arrive et surtout qu’on devient libre :)! Bravo pour cette interview!

  2. Super article sur le minimalisme ! Je n’ai pas encore passé le cap, mais j’essaye de passer quelques étapes petit à petit ! En tout cas je te remercie pour la découverte 🙂 Gros bisous

  3. Hello ! Un très bel article qui présente à la fois l’auteur et son livre. J’aime sa vision du minimalisme ! Son optique de travailler moins pour se recentrer sur l’essentiel, pour avoir plus de temps pour ses projets et sa vie personnelle…C’est le coeur même du minimalisme…

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